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Conception graphique par Anne Gérardin - Des Trucs et des Bidules

Les Oiseaux de Papier

bretagne des hommes des lieux

Un feu sur la mer

Louis Cozan

Le témoignage passionnant d'un des derniers gardiens de phare.

17€ - 160 p - 15x21 cm - NB
ISBN : 978-2-916359-47-2

Description

Entre ciel et eau, à quelques miles de là où se finit la terre, un feu sur la mer guide les bateaux : le phare de Kéréon.
Comme un défi lancé aux vagues qui les assaillent sans relâche, le phare et son gardien se dressent droits et fièrs.
La profession de gardien de phare n’existe plus aujourd’hui, alors l’homme témoigne de ce qu’il a vécu, en confidence, afin de nous faire partager ce choix d’une vie entre terre et mer, quasi monacale, au service des bateaux.
Ce marin immobile nous invite dans ses souvenirs, l’air y est pur et iodé à l’extrême, l’environnement hostile mais oh combien attachant.
Les gens de la mer sont pudiques et dévoilent avec parcimonie leur lien avec la mer.
« Il est trois heures du matin, j’émerge péniblement de mon lit clos…le vent de Nord chante dans les aérateurs...dehors les feux des cargos défilent dans la transparence de la nuit…les odeurs de l’île me parviennent par bouffées…ici il faut être prudent, la magie est plus fragile qu’ailleurs… ».

Un livre sélectionné pour le prix Henri Queffelec 2011 décerné lors du festival Livre et Mer de Concarneau.

Extrait

Première relève

... Cinq mois plus tard

Nous voici au 24 décembre de cette même année qui vit fleurir tant de folles espérances sous les pavés du printemps.
Paul est reparti depuis plusieurs mois vers l’Afrique ; moi je viens de quitter le travail qui m’a occupé dans un garage en attendant que le service des phares me fasse signe.
Je réparais des pneus, remplaçais des échappements bouffés par l’air salin de l’île, ce n’était pas désagréable, loin s’en faut. Travailler chez moi me convenait bien plus que d’user mes espérances dans la chaleur hurlante d’une machine de pétrolier. Courir la mer sans jamais la voir ne convenait pas à ma vision de l’aventure maritime.
Ce matin j’ai rejoint le port à 8 heures.
J’ai été appelé pour un remplacement à La Jument. Si la formule contient une connotation quelque peu sacerdotale elle me convient, pour l’instant.
Abrité derrière le bâtiment du port, en compagnie du gardien qui doit monter à Kéréon, nous discutons avec les marins de la vedette : le sujet traité est essentiellement la météo et pour cause ! Le vent, qui avait forci dans le Suet au milieu de la nuit, vient de virer au Suroît et il fraîchit encore.
Sous la pluie qui traverse en oblique la lueur blafarde qui s’échappe de la fenêtre du petit bureau du port, nos caisses de vivres ont été embarquées à bord du canot amarré à la cale ; elles rejoindront, en même temps que nous, la vedette accrochée à son corps-mort à l’extérieur lorsque le patron aura décidé de la possibilité, ou non, de l’appareillage.
Pour l’heure, il écoute la vacation radio dans le bureau sur le quai. Il s’appelle Auguste et il sourit d’entendre le gardien de La Jument dire : « C’est faisable, la mer n’a pas eu le temps de se former. »
Il sait que c’est vrai, mais il sait aussi que l’appréciation sur l’état de la mer aurait été la même, ou presque, si la tempête s’était déjà levée : nous sommes à la veille de Noël et le gardien dont c’est le tour de passer les fêtes en famille veut descendre, c’est humain, cette possibilité ne lui étant offerte que tous les trois ans.
Un peu avant le lever du jour, Auguste a déclaré : « On essaye ! Nous irons à La Jument d’abord parce que l’heure de la marée est propice. » ...

Présentation de l'auteur

Né à Ouessant en 1947 dans une famille de marins et de gardiens de phare, Louis Cozan a passé toute son enfance sur cette île.
En 1967, une conversation avec un oncle, gardien de phare à Saint-Mathieu, le convainc de postuler pour le métier des phares.
Le 24 décembre 1968, il monte au Phare de la Jument, c’est le début de l’histoire. En 1983, il cesse d’exercer ce métier sous la forme qu’on lui connait pour créer à Lorient, avec deux autres collègues débarqués comme lui des phares, le premier centre d’exploitation et d’intervention du service des phares du Morbihan.

En 2010, il décide de raconter ses souvenirs du temps où il vivait dans ces tours de la mer, au milieu des vagues.