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Les Oiseaux de Papier

collection livres broceliande generaliste titre

L'Ombre du corbeau

Chantage et imposture en Bretagne
Charles Doursenaud

Un récit sur la Révolution.

17€ - 272 p - 15x21 cm - NB
978-2-916359-53-3

Description

1794, Saint-Brieuc, la folie révolutionnaire partie de Paris gagne les villes de Province.
Julie Legal-Lasalle, épouse de Joseph, médecin, républicain, membre de la haute société briochine, vit dans l’ombre de celui-ci.
Julie est à l’image de la France d’alors, partagée, écartelée entre la République et la Monarchie.
Qui est vraiment Julie ?
De Saint-Brieuc à Vannes, ce récit fondé sur des faits réels vous fera découvrir un personnage complexe dans une période de l’Histoire qui ne l’est pas moins.
Aux côtés de l’auteur, vous entendrez rouler les calèches et résonner le trot des chevaux. Une belle plume, au service d’un récit passionnant.

Extrait :

En 1794, la folie révolutionnaire, orchestrée par Robespierre, bat son plein et se répand depuis Paris dans toutes les villes de province. La municipalité de Saint-Brieuc (pardon, de Port-Brieuc !), présidée par le maire Lorin, est devenue moins puissante que la Société populaire des Sans-Culottes dont les membres, réunis à la fin de 1793 en comité « régénérateur et épuratoire », ont changé le nom en « Société régénérée des républicains sans-culottes ». Un vent de terreur souffle sur la ville. Cette Société, affiliée au Comité de Salut public à Paris, comprend presque tous les membres de la loge maçonnique, la Vertu triomphante, dont le vénérable n’est autre que Besné, accusateur public auprès du tribunal criminel. Elle s’est donnée pour but de surveiller les autorités constituées, d’anéantir les complots, de démasquer les intrigants de tout poil. La guillotine, livrée au début de l’année 93, est dressée en permanence sur la place de l’Égalité pour inspirer la crainte aux contre-révolutionnaires. Le bourreau, Charles Lubin Lacaille, a déjà raccourci quelques ci-devant calotins, un caporal accusé d’avoir tenu des propos séditieux, des émigrés débarqués clandestinement, un « conspirateur », deux « fabricateurs » de faux assignats, un receleur de prêtres réfractaires, des rebelles à la solde du chouan Boishardy, un assassin. Et la liste va continuer à s’allonger.                         Le 10 mars 1794, la ci-devant cathédrale de Port-Brieuc est transformée en Temple de la Raison, destructrice du fanatisme. La cérémonie s’ouvre sur « une agréable symphonie » au cours de laquelle une belle jeune fille personnifiant la nouvelle divinité laïque, tout de blanc vêtue, le bonnet phrygien sur la tête et le faisceau symbolique à la main, gagne majestueusement l’autel et s’immobilise face à la nombreuse assistance. Deux curés apostats viennent déposer leurs lettres de prêtrise à ses pieds et déclarent renoncer à leur « métier sacerdotal ». Le président de la Société Régénérée demande que les livres de théologie soient employés à confectionner des cartouches. Sous les applaudissements de la foule, il proclame pompeusement : « l’idole de la superstition vient d’être enfin renversée dans cette commune et nous n’adresserons plus nos vœux à ces images du fanatisme, depuis tant de siècles révérées ». Dehors, des salves d’artillerie éclatent en l’honneur de la régénération de la commune ! On appelle l’auditoire à entendre la lecture des lois, des discours de morale, des hymnes patriotiques ; on nomme des commissaires pour maintenir le respect que doit imposer l’assemblée du peuple ; on invite le comité révolutionnaire à surveiller et dénoncer ceux qui ne se rendraient pas au Temple de la Raison pour célébrer les fêtes décadaires ; on termine la cérémonie par des chants patriotiques, des danses républicaines et des « amusements rappelant la simplicité des fêtes champêtres ». On ouvre même une souscription pour se procurer des musettes. Enfin, on grave sur la porte d’entrée de la cathédrale l’inscription « Temple de la Raison », surmontée d’un triangle aux rayons dorés.
Mais le culte de la Raison ne tarde pas à déraisonner.
Cette nouvelle religion, négation absolue de toutes les autres religions, donne lieu à scandale.
À Notre-Dame de Paris, quand sont célébrées les Lupercales (fête de la Fécondité), la Maillard, ex-danseuse de théâtre, hétaïre des soupers du duc de Soubise, est hissée sur le tabernacle du maître-autel, pique en main, coiffée du bonnet rouge, vêtue de draperies écourtées. Elle est « entourée de toutes les jolies damnées de l’Opéra, qui à leur tour excommunient la calotte en chantant, mieux que les anges, des hymnes patriotiques. »
    Dans la cathédrale, l’orgue mugit, les tambours roulent, les fanfares sonnent, les trompettes claironnent. Cris, refrains obscènes et vociférations s’entremêlent, puis les citoyens claquent du sabot sur les tombes épiscopales en chantant et dansant la carmagnole ! Les ciboires remplis d’eau-de-vie circulent de bouche en bouche et sous les voûtes séculaires la fumée des brûle-gueule se mélange à celle des maquereaux que l’on met à griller sur les vases sacrés !
Et quand tout est bu, quand le vin et l’eau-de-vie manquent, le peuple se rue hors de la cathédrale, coiffé de mitres, affublé d’ornements sacerdotaux, brandissant crosses et croix, défile par les rues et les ruelles, promenant -fête des fous de la fin d’un monde- le blasphème de ses déguisements de marchand de vin en marchand de vin, se faisant verser à boire dans les calices et les ciboires bosselés. Des rondes titubantes se forment autour de feux allumés aux carrefours pour brûler les reliques de la morale calotine !
La déesse Maillard est portée triomphalement à la Convention où le président lui donne l’accolade au nom de tout le peuple français avant de déclarer que les Parisiens ont bien mérité de la Patrie en offrant ce grand exemple à tout l’univers !
Des scènes identiques se répètent dans différentes églises. À Saint-Eustache, on voit même l’autel tout chargé d’andouilles, de jambons, d’entremets, et des satyres ivres poursuivant les femmes pour s’adonner à des joies poissardes !

Présentation de l'auteur :

Charles Doursenaud  a passé son enfance à Tréguier (Côtes-d'Armor), sa ville natale, avant de poursuivre ses études à Saint-Brieuc et Rennes. Professeur à Vannes, Mauron puis Lannion, il a toujours été passionné par l'histoire de la Bretagne. Montrant que l'étude de notre passé peut ne pas être froide et ennuyeuse, c'est en conteur qu'il nous fait revivre des épisodes oubliés ou méconnus de notre histoire régionale. Il cherche au fil des documents d'archives les détails de la vie courante, les atmosphères, les émotions qui, loin de travestir la vérité historique, redonnent à l'existence de nos ancêtres couleur et mouvement. Arpentant le terrain à la recherche d'indices effacés par le temps, respectant l'exactitude des faits narrés, il restitue dans toute leur saveur les anecdotes qu'il arrache à l'oubli.